Toski – Faste

Apparemment, cette histoire n’intéresse pas grand monde, cependant, certaines personnes réclament, c’est pourquoi je me sens quelque peu contraint de rédiger la suite du récit. En tout cas, ça fait peur de se relire plusieurs mois après, notamment à cause de l’évolution de la pensée, du style et du niveau dortaugraf. Toujours est-il que si vous arrivez en cours de route, vous pouvez toujours lire le premier épisode.

Le général Caduk remua son postérieur calé dans un fauteuil de velours rouge. La salle était remplie de ses congénères à plumes, tous portant le chapeau noir caractéristique des élites du R/R1. Un valet lui apporta une chemise pleine à craquer. Le général la déplia, brassa quelques secondes et sortit une feuille2. Il se leva, s’ébouriffa, se racla le bec et prit le parole d’une voix qui sait éteindre les torches et faire gronder le tonnerre pour ponctuer le discours.

“Une deux, une deux. C’est bon, on y va. Bonjour. Comme vous le savez tous ici, vous avez été convoqué pour cette présente session extraordinaire d’extrême urgence. Allons droit au but, car chaque seconde perdue est une chance de moins de réussir. Ce soir, à minuit, nous lançons l’Offensive. “

Caduk est de ces orateurs capables de faire prendre vie fugace à une majuscule.

“La montagne tombera ce soir ou ne tombera pas. Toutes les troupes sont prêtes. Cependant, des tâches vous ont été assignées pour permettre le bon déroulement de l’opération. Ce soir, vous serez comme la goutte d’huile dans le moteur, comme les héros de la troisième guerre.”

Un silence de plomb retentit dans la grotte. C’est dans ces moments là que l’air devient poisseuse et que la sueur commence à perler sur le front des soldats.

“Des questions ? Pas d’questions. Des instructions vont vous être distribuées incessamment sous peu. Rompez.”

Les guerriers d’élite se tournèrent vers la sortie comme d’un seul canard. Dans un tonnerre de raclements, la salle se vida progressivement, laissant ainsi le général seul, livré à ses réflexions. Oui, c’était ce soir ou jamais. Des années3 de préparation pour enfin renverser le cours de l’Histoire et détrôner les hommes de leur place illégitime de monarque naturel. Des frissons parcoururent le cou du général. “C’est comme un coup d’État se disait-il. Sauf que là, c’est inter-espèce”. Il se laissa tomber dans la fauteuil, lâcha sa feuille et s’endormit immédiatement pour un sommeil peuplé de batailles et de sang, de gloire et de sacrifices.

***

“Je n’arrive pas à croire qu’on nous prévienne si tard”. Arvan se gratta le crâne d’une aile agile. “Oui, répondit-il. C’est étonnant en effet. Mais tu te rappelles, il y a quelques années de cela, le scandale qui avait éclaté au sein du groupe comme quoi un traître serait parmi nous. Ça pourrait être la raison suffisante pour nous écarter jusqu’au dernier moment”. Les deux canards continuèrent à marcher en silence au milieu de la cohue générale de la caverne formée par les chargés de préparations et les nasillements des contremaîtres. Le duo longeait le bord de la caverne d’un pas neutre lorsqu’Arvan s’arrêta net. “Continues sans moi, j’ai… des affaires à régler. On se retrouve au début du raid de toute façon”. Sans laisser le temps à son compère de répondre, Arvan fit demi-tour et partit d’un pas vif pour se fondre dans la masse informe de populace. Après s’être assuré que personne ne lui prêtait attention, il se faufila derrière un entassement de matériel de cuisine, qui ne laissait derrière lui, que de l’ombre.

“Je sais que tu es là”. Le verbe claqua dans l’air. Un bruissement de plumes se fit entendre et une silhouette se dessina dans l’ombre. “Tu es toujours aussi attentif, à ce que je vois, dit la silhouette. Tu ne m’a donc pas oublié depuis tout ce temps”. La forme s’approcha pour enfin se révéler à un afflux de lumière crée par un déplacement inattendu d’un lot de balais-brosse neufs. Arvan répondit : “Quand même, tu sais qu’il n’est pas prudent pour un hamster de trainer dans le coin. Je dois bien être le seul ici qui te vois comme autre chose que d’une conserve de viande4. Tu ne devrais pas rester là longtemps”. Le hamster eu un rapide battement de cil qui passa inaperçu dans la pénombre. “Je suis venu te mettre en garde. Les temps changent et pas toujours à notre avantage. Seuls les faibles tiendront et la porte s’ouvrira. Mais souvient toi, si tu n’as pas ta boîte de Crunchies™, tu cours à ta perte”. Un nuage de fumé couleur nuit s’éleva pour rendre encore moins visible ce rongeur qui avait en fait disparu.

Arvan s’en retourna pensif. Qu’avait-il voulu dire par “la porte s’ouvrira” ? Un rébus peut-être. Il regagna son habitation, pris un bon bain, réunit le matériel de combat (qui se comporte essentiellement de deux couteaux une arbalète un trognon de pomme et une sandale) et souffla un coup.

C’était certain, la nuit promettait d’être longue, très longue.


1 Si le pourquoi du comment vous manque, vous devriez lire le premier épisode, c’est plus pratique.

2 Oui, les canards ont aussi leur langage écrit et leurs support. Il faut savoir que les premiers êtres humains à confectionner des feuilles élevaient et vivaient en harmonie avec des palmipèdes. Comme pour la poule et l’œuf : où est la cause et où est l’effet ?

3 D’un point de vue canardesque, bien sûr.

4 Un des passe Temps favoris de l’Histoire étant de bouleverser tout ce qui n’aurait pas du l’être, les canards ont été obligés par le passé de se faire carnivore pour surgir (certains racontent aussi que c’est en fait pour égaler les fabuleux T-Rex).

Posted in None by Thomas Pelletier at April 2nd, 2009.
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